RDC–Belgique : derrière le choix d’ADEX Platform AG, une recomposition des rapports de confiance pourrait se dessiner entre Kinshasa et Bruxelles
Le choix de la société suisse ADEX Platform AG par la République démocratique du Congo pour participer à la relance de sa filière diamantifère dans le Grand Kasaï pourrait ne pas être uniquement une décision économique. Alors que plusieurs acteurs du secteur à Anvers s’interrogeraient sur cette orientation, le contexte politique belgo-congolais donnerait à cette affaire une dimension supplémentaire.
Officiellement, Kinshasa chercherait avant tout à moderniser une filière diamantifère longtemps confrontée à l’exportation des pierres brutes, à l’informalité et à la faiblesse de la transformation locale. Le gouvernement aurait ainsi décidé de s’associer à ADEX Platform AG, une société suisse spécialisée dans les chaînes d’approvisionnement, la traçabilité et la commercialisation des diamants.
Mais politiquement, une autre lecture pourrait émerger : et si le choix de la Suisse, au détriment d’un écosystème diamantaire historiquement associé à Anvers, traduisait également une certaine prise de distance de Kinshasa vis-à-vis de la Belgique ?
ADEX RDC S.A., un partenariat stratégique à 50/50
Le projet aurait été validé par le Conseil des ministres du 29 mai 2026. Le partenariat prévoirait la création d’ADEX RDC S.A., une société commune détenue à parts égales par le Fonds minier pour les générations futures (FOMIN) et ADEX Platform AG.
L’accord-cadre aurait ensuite été signé le 29 juin 2026 sous la supervision du ministre des Mines, Louis Watum Kabamba.
La future structure aurait notamment pour mission de développer une taillerie-joaillerie de niveau international, une plateforme numérique de commercialisation directe vers les marchés internationaux, ainsi que le transfert de technologies et la formation de techniciens congolais.
Le projet s’inscrirait donc officiellement dans une logique de transformation locale et de captation de davantage de valeur ajoutée par la RDC.
Le gouvernement aurait déjà présenté cette orientation comme un moyen de faire évoluer la filière d’un modèle essentiellement basé sur l’exportation des pierres brutes vers une chaîne de valeur intégrant davantage la taille, le polissage et la commercialisation.
Pourquoi Anvers regarderait-elle cette opération avec attention ?
Le choix suisse pourrait toutefois avoir surpris certains professionnels du diamant à Anvers, l’une des grandes places mondiales du négoce diamantaire.
Une analyse publiée le 15 septembre 2026 par Africa Intelligence rapporterait justement que le choix d’ADEX Platform AG serait contesté dans certains milieux de la filière, particulièrement à Anvers, où des professionnels auraient développé parallèlement un autre partenariat avec la RDC.
Cette situation pourrait donc créer une forme de concurrence entre deux approches : d’un côté, l’écosystème diamantaire anversois, historiquement connecté à la production congolaise ; de l’autre, ADEX et son projet de développer davantage la transformation et la commercialisation directement depuis la RDC.
Le dossier serait d’autant plus intéressant que la coopération avec Anvers ne disparaîtrait pas pour autant. Un premier lot de 103,77 carats de diamants artisanaux congolais traçables aurait notamment été mis en vente à Anvers en juin 2026 dans le cadre du projet OrigemA, associant plusieurs coopératives de Tshikapa et de Kazumba.
Il ne s’agirait donc pas nécessairement d’un remplacement pur et simple d’Anvers par la Suisse, mais plutôt d’une possible diversification des partenaires et des circuits de valorisation.
Mais pourquoi le dossier Pero Luwara pourrait-il entrer dans cette équation ?
C’est ici que l’affaire prendrait une dimension politique beaucoup plus sensible.
Le journaliste congolais Claude « Pero » Luwara, installé en Belgique et connu pour ses critiques du pouvoir de Kinshasa, aurait affirmé le 20 septembre 2026 que la police belge lui aurait demandé soit de cesser son activité journalistique, soit de ne plus critiquer le pouvoir congolais. Selon son récit, cette demande interviendrait dans le contexte des différentes agressions dont il aurait été victime en Belgique.
Cette déclaration devrait toutefois être maniée avec prudence : aucune communication officielle belge publiquement accessible ne permettrait, à ce stade, de confirmer que Kinshasa aurait demandé à Bruxelles de faire taire le journaliste ou que les autorités belges auraient reçu une instruction de cette nature.
Le dossier demeurerait donc ouvert.
Pero Luwara aurait par ailleurs été agressé à plusieurs reprises en Belgique, notamment à Tirlemont en septembre 2026. Les circonstances et les éventuels commanditaires de ces agressions resteraient soumis aux investigations judiciaires.
Et si Kinshasa cherchait désormais à prendre ses distances avec Bruxelles ?
C’est précisément ici qu’une hypothèse pourrait être posée.
Et si le choix d’ADEX Platform AG ne constituait pas seulement une décision industrielle, mais s’inscrivait également dans un contexte plus large de refroidissement des relations entre certains cercles congolais et belges ?
Il serait toutefois excessif d’affirmer que la RDC aurait choisi la Suisse pour sanctionner ou punir la Belgique. Aucun document public consulté ne permettrait d’établir un tel lien.
Mais le calendrier et la juxtaposition des dossiers pourraient alimenter les interrogations.
D’un côté, Kinshasa chercherait à récupérer davantage de valeur ajoutée dans le secteur du diamant en privilégiant une société suisse pour un projet majeur dans le Grand Kasaï.
De l’autre, Bruxelles serait confrontée à une controverse autour de la sécurité d’un journaliste congolais très critique envers le pouvoir.
Entre les deux, une question pourrait se poser : les relations entre Kinshasa et certains réseaux économiques et politiques belges seraient-elles en train de changer de nature ?
La Belgique aurait-elle perdu une partie de son avantage historique ?
Pour Anvers, l’enjeu pourrait être particulièrement important.
Pendant des décennies, la ville belge aurait constitué un passage majeur pour le commerce mondial du diamant. Une partie de la production congolaise aurait ainsi trouvé dans cette place européenne un centre de négoce, de certification et de commercialisation.
Or, la stratégie actuellement affichée par Kinshasa viserait précisément à conserver davantage de valeur en RDC.
L’accord avec ADEX prévoirait notamment une plateforme numérique permettanttrait de rapprocher les producteurs congolais des acheteurs internationaux et une infrastructure destinée à la taille et à la joaillerie sur place.
Si le modèle fonctionnait, la RDC pourrait progressivement chercher à réduire sa dépendance vis-à-vis des places étrangères pour certaines étapes de la chaîne de valeur.
Dans cette perspective, Anvers pourrait donc être confrontée moins à une rupture qu’à une transformation de sa relation avec le diamant congolais.
ADEX : choix économique ou signal diplomatique ?
Il faudrait donc éviter de tirer trop rapidement une conclusion politique.
Les documents officiels disponibles présentent ADEX RDC S.A. comme un projet économique destiné à moderniser la filière, renforcer la traçabilité, développer la transformation locale et accroître les revenus des acteurs congolais.
Mais dans le contexte actuel, certains observateurs pourraient également y voir le signe d’une volonté de Kinshasa de diversifier ses partenaires internationaux.
La Suisse offrirait ici une porte d’entrée différente de celle traditionnellement associée à Anvers. Le choix pourrait donc être lu comme une décision industrielle, mais aussi comme l’expression d’une politique plus large visant à multiplier les interlocuteurs de la RDC.
Quant au dossier Pero Luwara, il serait prématuré d’en faire la preuve d’une quelconque pression congolaise sur la Belgique.
Deux dossiers séparés… ou les deux faces d’une même évolution ?
Pour l’heure, aucun élément public ne permettrait d’établir une connexion directe entre l’affaire Pero Luwara et le choix d’ADEX Platform AG.
Mais leur coexistence dans l’actualité belgo-congolaise pourrait nourrir une question qui mériterait d’être documentée davantage :
Kinshasa serait-elle en train de revoir progressivement sa relation avec la Belgique, aussi bien sur le terrain politique que sur celui des affaires et des ressources naturelles ?
Le dossier diamant pourrait constituer un premier indicateur de cette évolution. Le choix d’un partenaire suisse, alors que des acteurs anversois seraient déjà engagés dans des initiatives avec la RDC, pourrait traduire une volonté de diversification économique.
Le dossier Pero Luwara, lui, poserait une autre question : celle de la capacité de la Belgique à gérer sur son territoire les tensions politiques issues de la scène congolaise.
Pour le moment, ces deux affaires devraient être considérées séparément. Mais leur évolution respective pourrait permettre, dans les prochains mois, de déterminer s’il s’agit simplement d’une coïncidence de calendrier ou du reflet d’un changement plus profond dans les relations entre Kinshasa, Bruxelles et les réseaux économiques liés au diamant.
Rédaction
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