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La zone de santé de Kibirizi, en territoire de Rutshuru, vit une tragédie silencieuse. Entre janvier et octobre 2025, 46 femmes survivantes de viol ont été testées positives au VIH/Sida, une réalité glaçante dans une région toujours sous la pression du M23 et de multiples groupes armés.
L’alerte provient du bureau central de la zone de santé, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le Sida — un contexte qui souligne à quel point les violences sexuelles demeurent instrumentalisées comme arme de guerre.
Une avalanche de cas, un système de santé dépassé
Selon Jérémie Malimingi, infirmier superviseur, la situation dépasse l’entendement :
5 104 cas de viol ont été enregistrés en dix mois seulement. Parmi les victimes, 4 320 ont réussi à se présenter dans les 72 premières heures, délai crucial pour accéder aux protocoles de prévention contre le VIH.
Mais 784 survivantes sont arrivées trop tard, faute de routes sûres, de moyens de transport, ou d’un système de santé fonctionnel. Pour elles, l’absence de prise en charge rapide a laissé la voie libre à de nouvelles infections.
« Ce sont des auteurs inconnus, souvent issus non seulement des groupes armés dans la brousse mais aussi de la communauté elle-même », explique Malimingi, pointant une insécurité diffuse et profondément enracinée.
Insécurité permanente et pénurie de médicaments : le cocktail mortel
Au-delà des agressions, les professionnels de la santé dénoncent un second fléau : la rupture des médicaments essentiels, tant pour les victimes de violences sexuelles que pour les personnes vivant avec le VIH.
Une pénurie chronique qui touche plusieurs zones de santé du Nord-Kivu et qui empêche une réponse médicale efficace.
Dans un territoire ravagé par les déplacements massifs de populations, les affrontements, et l’absence quasi totale de l’État, l’accès aux soins devient un luxe.
Pendant que les groupes armés imposent leur loi, les femmes payent le prix le plus lourd.
Une situation humanitaire qui interpelle
Les chiffres révélés à Kibirizi illustrent une crise qui dépasse largement la seule dimension sanitaire.
Elles témoignent d’un effondrement de la protection des civils, d’un vide sécuritaire total et d’une généralisation des violences basées sur le genre dans une région abandonnée depuis trop longtemps.
Tant que l’État ne rétablit pas son autorité et que les organisations sanitaires n’obtiennent pas les moyens nécessaires, d’autres victimes suivront, invisibles, oubliées, et non protégées.
Avec LP
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