Le premier contact  avec l’enfant de la rue

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Dans un contexte national en RDC  où les familles deviennent de plus en plus pauvres et vulnérables et où les valeurs traditionnelles d’entraide, de solidarité et de famille élargie (clan) sont anéanties par la vie urbaine, il s’avère que les familles sont mises sous tension, les parents  ne pouvant plus assumer la responsabilité de donner des réponses aux droits de leurs enfants. Ces tensions enregistrées au niveau des familles, poussent de nombreux enfants dans la rue ou dans la vulnérabilité.

 La protection des enfants devient  dans ce cas, un domaine où plusieurs acteurs et institutions se bousculent. Les structures d’accueil et de placement tendent à s’imposer ainsi aux yeux de nombreux acteurs sociaux comme alternatives aux familles, sans  que cela soit effectivement pour le plus grand bien de l’enfant.

Ce qui pousse le Cercle d’étude pour la protection de l’enfant et la famille, CEPEF en sigle, à inviter les acteurs sociaux à  réfléchir ensemble sur ce phénomène qui prend de l’ampleur appelé «  Enfants de la rue ».

En effet Le Cercle d’études pour la protection de l’enfant et la famille, en sigle  CEPEF est une organisation non gouvernementale initiée par les Chercheurs universitaires dans les divers domaines en sciences humaines, les  Experts en travail social qui œuvrent  pour la promotion  des droits et  la protection  de l’enfant et de la famille et la réinsertion socioéconomique des enfants et jeunes de la rue.

Kinshasa, ville tentaculaire dont les places publiques sont envahies par les enfants et familles de la rue, présente   Une situation qui interpelle plus d’une conscience.

Le Charte déontologique de Kinshasa, conçu et  édité en 2004 par le REEJER avec l’appui de la Fondation d’Apprentis d’Auteuil, sous la coordination de Rémy MAFU  nous définit  que un enfant de la rue est un enfant, sujet de droit, qui vit et dort dans la rue, en rupture avec sa famille, où il ne veut ou ne peut retourner. Cependant toute l’action éducative est orientée vers un retour stable et durable dans la famille et dans la société.

 Les experts du CEPEF, à l’occasion de la journée de l’Enfant de la rue, commémorée chaque 12 avril  se sont  retrouvés  pour réfléchir sur le premier contact avec l’enfant de la rue. Ils ont passé en revue tous les mécanismes de protection de l’enfant existants et ont reconnu le rôle déterminant joué par les ministres des affaires sociales parmi eux INGELE IFOTO qui a initié les analyses qui ont abouti à la conception de la Loi Portant Protection de l’Enfant.

Notez que le premier contact dans la rue  détermine la suite. C’est activité qui établit  la relation de confiance avec l’enfant.

Le retour de l’enfant dans son milieu naturel sécurisé est un droit car l’enfant doit évoluer  dans cet environnement affectif où il doit acquérir les compétences de vie courantes pour son développement intégral. Cette réintégration se fait selon un processus bien établi. L’acteur social, éducateur ou assistant social doit commencer à faire l’évaluation de la situation de l’enfant en utilisant les outils appropriés.

Par des enquêtes sociales et psychologiques méthodiques, y compris l’utilisation des techniques ou outils spécialisés (observation méthodique, entretien guidé, questionnaires, check-list, tests de personnalité) élaborés et obtenus auprès des personnes ressources compétentes, la structure possède un filon d’informations pertinentes au sujet du problème de l’enfant nécessitant une protection et élabore un portrait dynamique de l’identité propre ou  de la personnalité de l’enfant. 

La structure de protection de l’enfant  connait les problèmes déclencheurs des situations de rupture familiale chez l’enfant. Elle possède un système propre d’alerte face à ces problèmes lesquels sont mis à jour par des outils techniques spécialisés. Le personnel, les éducateurs sociaux, les assistants sociaux et autres  prestataires sont entraînés pour  analyser  et avoir le flair de reconnaître ces problèmes grâce aux séminaires de formation réguliers. La structure de protection de l’enfant fait appel aux psychologues, sociologues, démographes et autres, pour réunir des études des cas et avoir  un filon d’informations sur certains enfants à risque.

Le processus est difficile sila structure ne possède pas de repères objectifs concernant le problème de l’enfant. Elle intervient en prévention ou en identification selon des règles générales pouvant ne pas s’appliquer à des cas personnels de certains enfants.

Quelles que soient les similitudes qu’on peut déceler chez la plupart des enfants nécessitant une intervention, chaque enfant est un cas. Il mérite d’être identifié de façon compréhensive et individualisée dans ce qu’il a comme problème personnel, qui pousserait tout acteur social à proposer une solution de protection.

L’acteur social se sert de certains repères discrets et des signes révélateurs pour identifier les présumés cas nécessitant une prise en charge. Les observations sont orientées vers les enfants orphelins et vulnérables, les enfants  en errance ou en vagabondage,  les enfants travailleurs, les enfants mendiants, les enfants drogués, les enfants portant des stigmates  de violence, les enfants en situation d’école buissonnière, etc.). L’identification se fait dès le premier contact  en milieu ouvert (par exemple dans la rue), ou en milieu semi ouvert (par exemple dans un centre d’écoute).

Le contact de l’éducateur avec les enfants a pour objectif  de faire leur  connaissance en se donnant  comme mission non seulement d’approcher les enfants et prendre des contacts fructueux  avec eux, d’entamer un processus d’écoute des enfants,  axé sur leurs besoins immédiats et urgents mais aussi defaire participer les enfants à toute action immédiate susceptible d’améliorer leurs conditions (soins de santé, conseils d’orientation vers un centre d’écoute « milieu ouvert ou point d’eau ».

Les contacts avec les familles ou les membres de la communauté serviront à conforter ou à contrebalancer les données et les informations recueillies auprès des enfants. 

Nous remarquons souvent aucune identification préalable ne figure dans le programme et la procédure de prise en charge. Les enfants sont recrutés de façon arbitraire et au gré des intentions de l’initiateur de prise en charge.

Le travail de rue se fait en équipe. Ce qui fait que lors de l’accueil en milieu ouvert, l’éducateur ou intervenant social qui va à la rencontre des enfants et se fait accueillir par ces derniers, se fera  de préférence accompagner de deux ou trois personnes.

 Cette petite équipe comprendra en son sein, outre l’éducateur social, un enfant de la rue mieux renseigné souvent un leader de la rue, un intervenant en matière de soins  ou un psychologue si possible. Pour réussir le contact, quelques précautions et une certaine méthodologie peuvent s’avérer nécessaires. Entre autre, se munir d’une petite trousse médicale ou de tout autre outil pouvant soulager des cas d’urgence rencontrés.

 Au cas où les enfants de la rue à visiter sont des  filles,  ou si ce sont des  groupes mixtes (filles et garçons),  la présence d’une fille dans l’équipe est souhaitée .Il est recommandé  d’avoir déjà une idée sur le site qu’on a déjà visité avec l’aide d’un autre enfant et évaluer les risques et les précautions à prendre, se présenter mutuellement et mettre les enfants en confiance, entamer avec eux un dialogue dont l’objectif est d’approfondir la connaissance de l’enfant ou des enfants rencontré (s) et de réunir les informations sommaires sur l’enfant, l’histoire de chacun, son environnement d’origine, ses problèmes prioritaires , procéder à un diagnostic bref  sur le cas de l’enfant.

 Il n’est pas indiqué de poser des actes de générosité ou de faire des promesses qui renforceraient chez les enfants l’impression d’une vie agréable dans la rue. Le prestataire social doit éviter tout ce qui peut attirer l’antipathie ou la convoitise chez les enfants de la rue. Dans l’exercice de de son travail de rue, le prestataire social doit  respecter des futurs rendez-vous pris car c’est une marque de considération à l’enfant.        

Franck  AMBANGITO


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