Un drame d’une violence inouïe a secoué la commune de Masina, dans l’est de Kinshasa, dans la nuit du 8 au 9 mai 2026. Une femme, Théthé Muteba, a succombé sous les coups de son époux, Émile Mbuyi, un ancien boxeur. L’objet de la dispute : une somme de 25 000 francs congolais, soit l’équivalent de 13 dollars américains. Ce féminicide, d’une banalité terrifiante, relance le débat sur les violences conjugales et l’urgence d’une réponse judiciaire et sociale forte en République démocratique du Congo.
Une dispute pour 25 000 FC, une vie brisée
Tout est parti d’un conflit conjugal. Selon les premiers éléments de l’enquête et les témoignages recueillis sur place, la victime, Théthé Muteba, aurait utilisé une somme de 25 000 francs congolais pendant l’absence de son mari pour acheter un téléphone portable. Une décision qui a déclenché la fureur d’Émile Mbuyi à son retour. Aveuglé par la colère, cet ancien boxeur a porté plusieurs coups d’une violence extrême au bas-ventre de son épouse.
Le drame s’est déroulé en quelques secondes. Alertés par les cris, les voisins se sont précipités, mais il était déjà trop tard. Une riveraine, encore profondément choquée, a livré un témoignage glaçant à nos confrères de FNTV : « Il courait très vite. On a vu madame s’écrouler aussitôt. Elle n’a plus bougé. » La victime est décédée quasi-instantanément.
Maîtrisé par les habitants du quartier, l’agresseur a été remis aux forces de l’ordre avant d’être transféré au parquet de grande instance de Ndjili. Il devra répondre de ses actes devant la justice.
Émile Mbuyi, un passé de boxeur qui interroge
L’agresseur présumé, Émile Mbuyi, est originaire de Mbuji-Mayi, dans la province du Kasaï Oriental. Son passé de boxeur est rapidement apparu comme un élément central pour comprendre la brutalité de l’agression. La précision et la localisation des coups, portés au bas-ventre, évoquent un geste technique et délibéré, bien loin d’une simple bousculade.
Plusieurs qualifications pénales sont envisagées à son encontre, notamment le meurtre avec préméditation, ou encore les coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Des chefs d’accusation qui pourraient lui valoir une peine allant jusqu’à la peine de mort, prévue par le code pénal congolais en cas de décès consécutif à des violences.
Masina, une commune sous tension
Le drame s’est noué dans la commune de Masina, l’une des plus vastes et des plus peuplées de Kinshasa, avec près de 485 000 habitants. Coincée entre le Pool Malebo et le boulevard Lumumba, elle fait face à une insécurité chronique qui empoisonne le quotidien de ses résidents.
En février 2026, le chef de service de la population de la commune dénonçait déjà la menace permanente que font peser les « Kulunas », ces bandits urbains, sur la population, entravant jusqu’au travail des agents recenseurs. Plus récemment, en mai 2026, des incidents violents impliquant des éléments de la police et des Kulunas ont été signalés dans le quartier Sans-fil, faisant monter la psychose d’un cran.
Face à cette situation délétère, les élus locaux ont plaidé avec insistance pour un renforcement du dispositif sécuritaire. Leurs démarches ont abouti, en mars 2026, au déploiement d’un bataillon de la Police d’Intervention Rapide (PIR) dans le quartier Nzuzi wa Mbombo, une décision accueillie avec un immense soulagement par les habitants.
C’est dans ce contexte de précarité et d’insécurité que le meurtre de Théthé Muteba est survenu, comme le symptôme d’une violence plus profonde, qui ne s’arrête pas aux portes des foyers.
Un fléau national : les violences faites aux femmes en RDC
Ce féminicide est loin d’être un cas isolé. Il intervient dans un contexte national marqué par une recrudescence préoccupante des violences basées sur le genre.
Les chiffres sont alarmants. En 2025, le Bureau Conjoint des Nations Unies aux Droits de l’Homme (BCNUDH) a documenté pas moins de 887 cas de violences sexuelles, touchant 1 534 victimes à travers le pays, dont une écrasante majorité de femmes et de filles. Si ces données concernent principalement les zones de conflit à l’Est, elles témoignent d’une banalisation de la violence comme mode de résolution des conflits, y compris dans la sphère privée.
Plus inquiétant encore : la violence domestique demeure un tabou profondément ancré. Une enquête menée par le Réseau des hommes engagés pour l’égalité du genre en RDC (Rheeg-RDC) révèle que près de 80 % des femmes mariées victimes de violences physiques ou psychologiques ne portent jamais plainte. La peur, la honte et la dépendance économique les enferment dans un silence qui protège leurs bourreaux.
Des voix commencent pourtant à s’élever pour briser ce cycle. En mars 2026, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, des slameuses kinoises ont fait vibrer une scène de la capitale en dénonçant les violences conjugales à travers leurs textes. Un combat culturel et artistique essentiel pour faire tomber la « culture du silence ».
Une réponse judiciaire attendue avec fermeté
Depuis son interpellation par les voisins de la victime, Émile Mbuyi est détenu et interrogé par les autorités judiciaires du parquet de Ndjili. La question de la qualification précise des faits est au cœur des débats juridiques.
La législation congolaise dispose d’un arsenal répressif pour punir de tels actes, même si les violences conjugales ne sont pas définies comme une infraction autonome dans le code pénal. Les articles 46 et 47 répriment les coups et blessures volontaires, y compris dans un cadre conjugal. Si les violences entraînent la mort sans intention de la donner, la peine peut aller jusqu’à 20 ans de travaux forcés. Si la préméditation est retenue, la peine de mort reste applicable en RDC.
Par ailleurs, la loi n°06/018 de 2006 sur les violences sexuelles a considérablement renforcé la protection des femmes en durcissant les sanctions contre le viol, le harcèlement sexuel et les mutilations génitales. Plus récemment, une proposition de loi, dite « loi Bahati », a été déposée pour mieux appréhender les violences domestiques et les discriminations faites aux femmes. Son adoption est attendue avec impatience par les associations de défense des droits des femmes comme le Fonds pour les Femmes Congolaises (FFC) et la Ligue pour le Droit de la Femme Congolaise (LDFC), qui mènent un travail de terrain remarquable pour accompagner les victimes et faire évoluer les mentalités.
Au-delà du choc, l’urgence d’agir
L’émotion suscitée par la mort de Théthé Muteba est immense. Sur les réseaux sociaux, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer ce féminicide et réclamer une sanction exemplaire. L’absurdité de la somme en jeu — 25 000 francs congolais, « à peine de quoi survivre quelques jours dans une ville où la misère ronge les corps et détruit les foyers », comme le rappelle un article de FNTV — a profondément choqué l’opinion.
Derrière ce prénom et ce drame, c’est le sort de milliers de femmes congolaises, réduites au silence et exposées à la violence dans l’indifférence, qui est en jeu. La mort de Théthé Muteba ne doit pas rester un simple fait divers. Elle doit être le point de départ d’une prise de conscience collective et d’une action résolue pour que la justice passe, pour que les victimes osent parler et pour que plus jamais une vie ne soit volée pour quelques billets froissés.
Splendide Nsamba
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