Entre l’incendie d’un centre de traitement à Butembo et des écoles sans protocole sanitaire à Beni, le quotidien des populations du Nord-Kivu illustre la difficulté de combattre Ebola dans une région déjà éprouvée par des années de conflit.
Pour les habitants de Butembo, l’incendie d’un centre hospitalier accueillant des patients suspects ou confirmés d’Ebola résonne comme le symptôme d’une méfiance profonde envers les structures de santé, héritée de plusieurs épidémies successives et d’années d’insécurité. Ce type d’incident, qui provoque la fuite de malades potentiellement contagieux dans la communauté, ruine en quelques instants des semaines de traçage des contacts et complique davantage la tâche déjà immense des équipes médicales.
À Beni, à quelques jours de la rentrée scolaire, des parents et enseignants s’inquiètent de l’absence de dispositifs de prévention dans plusieurs établissements — points d’eau, savon, thermomètres — alors même que les écoles constituent des lieux de brassage propices à la transmission du virus si un cas venait à s’y déclarer. Les personnels de santé décrivent des journées harassantes, entre soins aux malades, sensibilisation de porte-à-porte et gestion, parfois, de l’hostilité de certains habitants convaincus que l’épidémie est instrumentalisée à des fins politiques ou économiques.
Les chiffres de la létalité
intra-communautaire — la majorité des décès survenant hors des centres de traitement — traduisent une réalité humaine crue : des familles qui, faute de confiance dans le système de santé ou faute d’accès à un centre proche, gardent un proche malade à la maison jusqu’à son décès, s’exposant elles-mêmes à une contamination. Les agents de santé communautaire, souvent bénévoles ou peu rémunérés, jouent un rôle décisif mais éprouvant pour tenter d’inverser cette tendance, porte après porte.
Dans ce contexte, l’appel des autorités sanitaires à renforcer la sensibilisation avant la rentrée scolaire n’est pas qu’une formalité administrative : il conditionne, pour des dizaines de milliers de familles du Nord-Kivu et de l’Ituri, la possibilité de vivre les prochains mois sans nouvelle vague de deuils et de fermetures d’écoles.
Charles Kayembe
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