Kinshasa — Après plusieurs heures d’inquiétude et de recherches, le journaliste d’investigation Gauthier Sey, porté disparu depuis le 2 octobre, a finalement été retrouvé. Mais sa réapparition est loin de mettre fin aux interrogations.
Selon les informations publiées dans la soirée du 3 octobre par Mbote, le directeur général de Netic News a été conduit à la Clinique Ngaliema, à Kinshasa, dans un état jugé préoccupant. Le journaliste aurait été retrouvé très affaibli, avec notamment des difficultés à parler, des vertiges et des traces de sang au niveau des lèvres. Il aurait été placé sous perfusion dès son arrivée.
Plus troublant encore, selon le même média, Gauthier Sey serait arrivé à la clinique à bord d’une moto, sans chaussures, vêtu d’un simple T-shirt blanc et d’un pantalon kaki.
Ces éléments, s’ils sont confirmés, rendent les circonstances de sa disparition particulièrement préoccupantes.
Une disparition qui avait déjà déclenché l’alerte de l’UNPC
Durant la journée du 3 octobre, l’Union nationale de la presse du Congo (UNPC/Kinshasa) avait publiquement donné l’alerte.
Son président provincial, Jean-Marie Kassamba, avait indiqué que des vérifications avaient été effectuées auprès de différents services spéciaux et des parquets afin de localiser le journaliste.
Selon ses déclarations rapportées par la presse, les recherches effectuées auprès de ces services n’avaient pas permis de retrouver Gauthier Sey.
L’UNPC avait alors dénoncé une pratique consistant à interpeller des journalistes sans que leurs familles, leurs confrères ou les structures professionnelles soient informés.
Cette intervention est importante : elle montre qu’au moment où circulaient différentes informations sur une possible arrestation, le lieu où se trouvait réellement Gauthier Sey demeurait incertain.
Certaines sources avaient évoqué le Parquet de la Gombe. D’autres parlaient des services spéciaux. Mais aucune confirmation officielle ne permettait alors d’établir précisément où le journaliste se trouvait.
Et maintenant, comment Gauthier Sey s’est-il retrouvé dans cet état ?
C’est désormais la principale question.
Si les informations relatives à son état physique sont confirmées, il faudra déterminer ce qui s’est passé entre le moment où il a cessé de donner signe de vie et son arrivée à la Clinique Ngaliema.
Qui l’a emmené ?
Où était-il pendant toute cette période ?
A-t-il été interpellé par un service de l’État ?
A-t-il été détenu quelque part ?
A-t-il subi des violences ?
Pour l’instant, aucune réponse officielle et complète n’a été apportée à ces interrogations.
Il faut donc éviter de transformer les témoignages actuellement disponibles en certitudes. Mbote évoque des signes pouvant être compatibles avec des violences physiques, voire des actes de torture, mais cette hypothèse nécessite des constatations médicales et, le cas échéant, une enquête judiciaire indépendante.
Une affaire qui dépasse le seul cas de Gauthier Sey
L’affaire intervient dans un contexte déjà sensible pour la liberté de la presse en RDC.
Gauthier Sey n’est d’ailleurs pas un journaliste inconnu des tribunaux. Il a déjà fait l’objet de plusieurs procédures ou plaintes.
En juin 2026, il avait notamment été convoqué par l’auditorat militaire de Kinshasa pour des faits présumés de menaces et d’injures publiques.
En juillet dernier, les avocats du sénateur Omana Bitika Pascal avaient également annoncé avoir déposé une plainte contre lui, contestant des accusations d’escroquerie liées à un dossier minier.
En octobre 2025, Gauthier Sey avait par ailleurs été placé en détention dans une affaire de diffamation à la suite d’une plainte attribuée au gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba. L’intervention de l’UNPC avait ensuite contribué à sa libération, le gouverneur ayant retiré sa plainte selon des sources médiatiques.
Ces antécédents judiciaires doivent être rappelés pour une raison simple : avoir des contentieux avec des personnalités publiques ne prive évidemment pas un journaliste de ses droits fondamentaux.
Une plainte peut donner lieu à une enquête.
Une enquête peut conduire à une convocation.
Une convocation peut éventuellement déboucher sur une arrestation lorsque la loi le permet.
Mais chacune de ces étapes doit être identifiable et contrôlable.
La question de la procédure revient au premier plan
C’est ici que l’affaire Gauthier Sey devient particulièrement sensible.
Si le journaliste avait effectivement été arrêté, il serait légitime de demander pourquoi son lieu de détention n’était pas clairement connu de sa famille, de ses avocats et de la corporation journalistique.
Et si aucune autorité ne l’avait arrêté, il faudra alors expliquer comment un journaliste porté disparu a pu réapparaître dans un établissement médical dans un état aussi préoccupant.
Dans les deux hypothèses, la transparence est indispensable.
L’objectif ne devrait pas être de désigner immédiatement un responsable avant toute enquête. Il devrait être de reconstituer précisément les dernières heures de liberté de Gauthier Sey.
Les témoignages des personnes qui l’ont vu pour la dernière fois, les éventuelles images de vidéosurveillance, les données téléphoniques disponibles légalement, les constatations médicales et le témoignage du journaliste lorsqu’il sera en mesure de parler pourraient permettre de comprendre ce qui s’est réellement passé.
Le témoignage de Gauthier Sey sera déterminant
Pour l’heure, l’une des pièces essentielles du puzzle reste donc absente : la version de Gauthier Sey lui-même.
Lorsqu’il sera suffisamment rétabli, son témoignage pourrait permettre de savoir où il se trouvait, avec qui il était et dans quelles circonstances il a été séparé de son entourage.
Mais son état de santé doit d’abord primer.
La priorité immédiate est qu’il bénéficie des soins nécessaires et que son entourage puisse s’assurer de sa sécurité.
Ensuite viendra le temps des explications.
Une affaire qui appelle une enquête transparente
La disparition puis la réapparition de Gauthier Sey dans un état préoccupant ne peut pas être traitée comme un simple fait divers.
Elle touche simultanément à la sécurité d’un journaliste, à la liberté de la presse et au respect des procédures judiciaires.
Les autorités congolaises ont donc intérêt à apporter rapidement des réponses précises.
Non seulement pour Gauthier Sey et sa famille, mais aussi pour éviter que cette affaire ne donne naissance à des versions contradictoires, à des accusations sans preuve ou à des soupçons visant indistinctement les services de l’État.
Une enquête transparente permettrait justement de faire la distinction entre les faits établis et les rumeurs.
Pour l’instant, une chose est certaine : Gauthier Sey a été retrouvé et se trouve à la Clinique Ngaliema, tandis que les circonstances de sa disparition et de sa réapparition restent à élucider.
Le reste devra être établi par des témoignages, des constatations médicales et une enquête sérieuse.
Car dans une affaire aussi sensible, la vérité ne peut pas être remplacée par les suppositions.
Rédaction
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