L’Assemblée nationale traverse une zone de turbulence politique inédite. Malgré les appels au calme lancés par Vital Kamerhe lors de la rentrée solennelle, une fronde parlementaire persiste et s’amplifie. Portés par une pétition déjà signée par 262 députés, ses opposants réclament purement et simplement son départ de la tête de l’institution.
« Le pardon ne suspend pas la loi »
Chef de file de cette contestation, le député Crispin Mbindule assume le ton offensif du mouvement.
« Il a lui-même avoué et demandé pardon. Mais il doit savoir que nous ne pardonnons pas. Nous poursuivons notre procédure législative, car nulle part dans le règlement intérieur il n’est prévu qu’un mea culpa suspend la loi », a-t-il déclaré, balayant tout appel à l’indulgence.
Cet argument, largement relayé dans les rangs des pétitionnaires, conforte l’idée que la démarche s’inscrit dans une logique institutionnelle plus que personnelle.
Une pétition au poids politique considérable
Avec 262 signatures déjà recueillies, les initiateurs estiment avoir franchi un seuil critique : le nombre requis pour enclencher une procédure de déchéance. Plus encore, ils assurent que d’autres parlementaires pourraient s’ajouter à la liste, renforçant leur offensive contre le bureau présidé par Vital Kamerhe.
Un tel mouvement, s’il se confirme, marquerait une véritable démonstration de force au sein de la Chambre basse.
Blocages administratifs et recours à la justice
Cependant, la procédure n’avance pas sans heurts. Les contestataires dénoncent des entraves orchestrées au sein même de l’Assemblée nationale. Fermeture de certains services administratifs, notamment le bureau de réception du courrier, impossibilité de déposer formellement les pétitions : autant d’obstacles perçus comme des manœuvres dilatoires.
« Nous allons saisir la justice. Les bureaux ont été fermés pour nous empêcher d’agir. Nous avons donc fait appel à un huissier pour déposer nos pétitions », accuse encore Crispin Mbindule.
Vers une crise institutionnelle ?
Cette confrontation illustre un climat politique tendu, où l’image de Vital Kamerhe reste fragilisée par des polémiques passées. Pour ses détracteurs, son mea culpa public n’efface pas les griefs accumulés. Reste à savoir si le rapport de forces actuel conduira réellement à un basculement du bureau de l’Assemblée nationale.
Un tel scénario ouvrirait une séquence politique inédite, aux conséquences incertaines pour la majorité présidentielle et pour l’équilibre global des institutions.
Le précédent des crises parlementaires
Ce n’est pas la première fois que la Chambre basse est secouée par une fronde interne. En 2009 déjà, Vital Kamerhe avait dû quitter la présidence de l’Assemblée nationale sous la pression d’une partie de la majorité présidentielle de l’époque, après avoir affiché des divergences sur la guerre dans l’Est du pays.
Plus récemment, en 2020, le bureau dirigé par Jeanine Mabunda avait été destitué suite à une pétition massive, ouvrant la voie à un réalignement politique qui permit à Félix Tshisekedi de consolider son pouvoir.
Ces précédents montrent que les pétitions parlementaires, loin d’être de simples démarches symboliques, peuvent provoquer des basculements institutionnels majeurs et redessiner le paysage politique congolais.
Un test grandeur nature pour l’Union sacrée
L’enjeu dépasse désormais la seule personne de Vital Kamerhe. Sa mise en difficulté fragilise également l’Union sacrée, coalition parlementaire qui soutient le président Félix Tshisekedi.
Une éventuelle destitution pourrait provoquer une recomposition des forces à l’Assemblée, exposant les fractures internes de la majorité et ouvrant la voie à de nouvelles alliances.
Pour Tshisekedi, qui a déjà dû arbitrer plusieurs rivalités au sein de son camp, ce bras de fer constitue un test de leadership. Sa capacité à préserver l’unité de la coalition et à contenir la fronde déterminera non seulement l’avenir de Kamerhe, mais aussi la stabilité de l’ensemble de l’architecture institutionnelle.
Et maintenant ?
Le dépôt de la pétition marque le début d’un processus institutionnel strict. La conférence des présidents, puis le bureau de l’Assemblée, devront se prononcer sur sa recevabilité avant une éventuelle plénière. Dans l’intervalle, tractations, alliances et manœuvres en coulisses risquent de s’intensifier.
Pour les pétitionnaires, la messe est dite. Pour Vital Kamerhe et ses soutiens, la bataille ne fait que commencer.
La rédaction
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