La République démocratique du Congo fait face à une nouvelle phase critique de son épidémie d’Ebola. Alors que l’Ituri demeure l’épicentre de la maladie, le virus continue de gagner de nouvelles zones de santé, notamment au Nord-Kivu et dans le Haut-Uélé. Avec plus de 6 700 cas confirmés et plus de 3 200 décès, les autorités sanitaires et leurs partenaires intensifient la riposte.
L’épidémie d’Ebola qui frappe la RDC depuis mai 2026 continue de progresser dans l’est et le nord-est du pays.
Selon le dernier rapport de situation de l’Organisation mondiale de la Santé, publié le 10 septembre sur la base des données arrêtées au 7 septembre, la RDC comptait 6 757 cas confirmés, dont 3 267 décès, soit un taux de létalité d’environ 48,3 %. Au total, 1 590 patients étaient déclarés guéris.
Le virus a désormais été identifié dans 61 zones de santé réparties dans six provinces : l’Ituri, le Nord-Kivu, le Haut-Uélé, le Bas-Uélé, la Tshopo et le Sud-Kivu.
L’Ituri reste l’épicentre
L’Ituri demeure de loin la province la plus touchée.
Sur les 6 757 cas confirmés recensés au niveau national au 7 septembre, 5 406 ont été enregistrés en Ituri. Vingt-huit des 36 zones de santé de la province ont rapporté des cas depuis le début de l’épidémie.
Mais l’évolution récente inquiète surtout les spécialistes : la transmission ne reste plus concentrée autour de l’épicentre initial.
Au cours des 21 jours précédant le 7 septembre, 1 114 nouveaux cas confirmés ont notamment été enregistrés en Ituri.
Cette persistance de la transmission fait de la province le principal front de la lutte contre le virus.
Nord-Kivu : une progression particulièrement préoccupante
Le Nord-Kivu est désormais au cœur des préoccupations.
Selon l’OMS, 16 zones de santé sur 34 dans cette province ont enregistré des cas. La zone de santé de Kayna est devenue la plus récemment affectée.
Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies rapportait également une forte progression dans la province : au 8 septembre, le Nord-Kivu comptabilisait 1 066 cas confirmés et 697 décès.
Cette progression intervient dans une région déjà profondément fragilisée par les déplacements de population, l’insécurité et les difficultés d’accès aux soins.
La circulation importante des populations constitue un défi supplémentaire pour les équipes chargées de rechercher les contacts des personnes infectées et de surveiller les chaînes de transmission.
Le Haut-Uélé également touché
Le Haut-Uélé fait lui aussi partie des provinces où la transmission reste active.
L’OMS y recensait six zones de santé affectées au 7 septembre. De nouveaux cas continuaient également d’être signalés dans cette province.
Le phénomène illustre la difficulté de contenir le virus dans un pays où les déplacements entre territoires sont nombreux et où certaines zones restent difficiles d’accès.
Une épidémie provoquée par une souche particulière
Cette épidémie présente une autre particularité.
Elle est provoquée par le virus Ebola de type Bundibugyo, une souche moins fréquemment observée que les autres formes du virus Ebola.
L’OMS précise qu’il n’existe actuellement pas de vaccin homologué ni de traitement spécifique contre cette souche, même si des travaux sont menés pour évaluer des candidats vaccins et thérapeutiques.
Cette situation complique considérablement la riposte.
Les autorités ont toutefois recours à des mesures de vaccination dans les zones touchées et étudient différentes stratégies permettant de protéger les populations les plus exposées.
Kinshasa lance un nouveau plan de riposte
Face à l’évolution de l’épidémie, le gouvernement congolais et ses partenaires ont lancé le 4 septembre 2026 un plan multisectoriel révisé de 180 jours.
Cette nouvelle stratégie associe notamment le gouvernement, l’OMS, Africa CDC, le système des Nations unies et d’autres partenaires techniques et financiers.
L’objectif annoncé est d’intensifier la surveillance, améliorer la prise en charge des malades, renforcer la recherche des contacts et accélérer les opérations permettant d’interrompre les chaînes de transmission.
Le lancement de ce plan montre que les autorités considèrent désormais l’épidémie comme un problème dépassant largement les limites de l’Ituri.
Le manque de personnel complique la riposte
Mais la RDC fait face à un autre problème majeur : les moyens humains et financiers disponibles ne sont pas suffisants pour répondre à l’ampleur de l’épidémie.
L’OMS a récemment alerté sur le manque de personnels qualifiés, de partenaires opérationnels et de financements nécessaires à la riposte.
Selon les données rapportées par Reuters, près de 1 400 lits avaient été installés dans 59 centres, mais environ 1 600 lits supplémentaires seraient nécessaires. Le dispositif nécessiterait également environ 9 000 agents de santé, soit plusieurs milliers de plus que les effectifs actuellement disponibles.
Cette pénurie intervient alors que les besoins augmentent avec l’extension géographique de l’épidémie.
La crise sécuritaire complique encore la situation
À l’urgence sanitaire s’ajoute la situation sécuritaire dans l’est de la RDC.
Dans plusieurs zones affectées, les mouvements de population liés au conflit rendent plus difficile le suivi des personnes ayant été en contact avec des malades.
Les équipes sanitaires doivent également travailler dans des territoires où l’accès humanitaire peut être compliqué.
L’OMS considère d’ailleurs que l’insécurité, les déplacements de population, les mouvements commerciaux et transfrontaliers ainsi que la présence de populations déplacées constituent des facteurs importants de risque.
Les équipes funéraires en première ligne
La gestion des décès représente également un défi majeur.
Les équipes chargées des enterrements sécurisés doivent intervenir auprès de familles endeuillées tout en respectant des protocoles stricts destinés à empêcher la transmission du virus.
Cette situation peut provoquer des tensions avec certaines communautés, notamment lorsque les mesures sanitaires entrent en contradiction avec les pratiques funéraires traditionnelles.
Des équipes de terrain ont rapporté de la fatigue, des incompréhensions et parfois une forte hostilité de la population.
Vers une nouvelle crise sanitaire majeure ?
L’évolution actuelle soulève une question essentielle : la RDC parviendra-t-elle à contenir rapidement cette nouvelle épidémie avant qu’elle ne touche davantage de provinces ?
Pour l’instant, les chiffres montrent une progression importante depuis les premiers cas confirmés en mai.
L’OMS souligne que l’expansion géographique demeure préoccupante et que le taux de létalité reste très élevé.
Le défi ne consiste donc plus uniquement à traiter les malades en Ituri.
Il s’agit désormais de prévenir une propagation durable vers d’autres provinces, protéger les personnels de santé, renforcer la surveillance et convaincre les communautés de participer pleinement à la riposte.
Une course contre la montre
Avec six provinces touchées et plus de 6 700 cas confirmés, la RDC se retrouve une nouvelle fois confrontée à un défi sanitaire de grande ampleur.
L’enjeu des prochaines semaines sera déterminant.
Si la surveillance et le dépistage peuvent être renforcés, les autorités pourraient encore parvenir à casser plusieurs chaînes de transmission. Mais l’insécurité, les déplacements de population, le manque de personnel et les difficultés financières constituent autant d’obstacles susceptibles de prolonger la crise.
Pour la RDC, la bataille contre Ebola est donc devenue une véritable course contre la montre.
Rédaction
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