Le drame s’est noué ce week-end sur l’avenue Lokolenge. Venue interpeller un jeune membre du PPRD introuvable, la police a soumis sa grand-mère à un interrogatoire d’une rare violence psychologique. Le cœur de la vieille dame n’a pas tenu. Plongée dans les coulisses d’un harcèlement familial qui tourne au drame humanitaire.
Le quartier populeux de Ngiri-Ngiri s’est réveillé dans le deuil et l’indignation. Le cas tragique survenu le samedi 20 septembre 2025 dans cette commune de Kinshasa en est la terrible illustration. Ce qui devait être une simple procédure de recherche s’est transformé en un drame de société qui secoue toute la communauté locale : une maman octogénaire a perdu la vie à la suite d’une intervention des forces de l’ordre à son domicile.
Ce jour-là, des agents de l’État en armes ont investi la parcelle familiale d’Hélène Bafuka. Les policiers étaient à la recherche de son petit-fils, un certain Nathan Bafuka, activement recherché par les services de sécurité en raison de son appartenance et de ses activités de terrain au sein du PPRD (Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie), la formation politique de l’ex-président de la République, Joseph Kabila.
Interrogatoire agressif et constat de décès à l’hôpital du Cinquantenaire
Trouvant la maison vide de sa cible principale, les agents s’en sont alors pris à la matriarche, restée seule sur les lieux. Soumise à des interrogatoires agressifs et à des menaces explicites visant son petit-fils en fuite, la vieille dame, de santé fragile, n’a pas supporté la pression de cette brève mais intense interpellation à domicile.
Victime d’un malaise fulgurant provoqué par le choc émotionnel et la panique, elle a été transportée en urgence par des proches vers une structure sanitaire. Malheureusement, le décès a été officiellement constaté à l’hôpital du Cinquantenaire, où son corps a été admis.
Hélène Bafuka laisse ainsi la terre de ses ancêtres à un âge très avancé, laissant une famille dévastée et des voisins en colère face à des méthodes policières jugées disproportionnées pour un simple fait politique.
La traque des proches, reflet de l’asphyxie politique
Ce décès, loin d’être un fait divers isolé, met en lumière le coût humain invisible de la crise politique congolaise. Ces jours-ci, plusieurs cadres et agents techniques du PPRD sont traqués sans relâche par la police à travers tout le pays. Cette vague de répression s’est intensifiée alors qu’un autre cadre important du parti est actuellement jugé, accusé de complicité et d’intelligence avec le mouvement rebelle de l’AFC/M23.
Dans ce climat de suspicion généralisée, la frontière entre la recherche de suspects et le harcèlement des civils s’est totalement estompée à Kinshasa. En traquant les militants jusque dans leurs cercles intimes et en harcelant leurs proches, le régime démontre qu’il ne cherche pas seulement à juger des opposants légaux, mais bien à éradiquer méthodiquement toute forme de dissidence, quitte à briser des vies innocentes au passage.
À Ngiri-Ngiri, les rideaux sont tirés et les visages sont graves : l’avenue Lokolenge pleure une maman dont le seul crime aura été d’avoir élevé un petit-fils aux opinions dérangeantes.
Charles Kayembe
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