Simon Kimbangu à l’UA : De la mémoire historique à la diplomatie spirituelle

  • Afrique
  • septembre 20, 2026
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ADDIS-ABEBA — Et si l’histoire de Papa Simon Kimbangu pouvait aujourd’hui contribuer à une nouvelle approche de la paix et de la sécurité en Afrique ? C’est l’idée défendue par le Dr Lohanga Konga, Ambassadeur itinérant chargé de la diplomatie culturelle et spirituelle, dans une intervention consacrée à l’histoire et à la diplomatie culturelle.

Dans un texte présenté comme une contribution aux travaux du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine, consacrés au Bassin du Congo du 19 au 22 septembre 2026, le Dr Lohanga Konga propose de dépasser la seule lecture sécuritaire des crises africaines pour intégrer la mémoire, la culture et le patrimoine spirituel dans les mécanismes de construction de la paix.

« Je ne viens pas vous parler d’une religion »

Dans son intervention, le Dr Lohanga Konga affirme vouloir présenter Papa Simon Kimbangu non seulement comme une figure religieuse, mais comme un acteur historique dont le parcours peut être relu sous l’angle des relations internationales et de la paix.

Il rappelle que Simon Kimbangu est né le 12 septembre 1887 à Nkamba, dans l’actuelle République démocratique du Congo. Il revient également sur les événements de 1921, année au cours de laquelle commence la courte période de prédication publique de Kimbangu avant son arrestation par l’administration coloniale belge.

Selon l’exposé présenté par l’ambassadeur itinérant, le message attribué à Kimbangu, notamment son appel à ne pas répondre au mal par le mal, constitue un élément important de la réflexion sur la non-violence et la résistance face à la domination coloniale.

Le texte rappelle également son procès devant une juridiction militaire en 1921, sa condamnation à mort ensuite commuée en peine de prison à perpétuité, puis sa déportation à Elisabethville, l’actuelle Lubumbashi, où il mourut en 1951 après plusieurs décennies de détention.

De Nkamba à Elisabethville : « la Route du Chemin de la Passion »

Pour le Dr Lohanga Konga, ce parcours historique peut être matérialisé à travers une route mémorielle reliant plusieurs lieux associés à l’histoire de Simon Kimbangu : Nkamba, Thysville — aujourd’hui Mbanza-Ngungu — et Elisabethville, aujourd’hui Lubumbashi.

Il présente cette trajectoire comme une « Route du Chemin de la Passion », estimant qu’elle constitue un patrimoine historique susceptible de dépasser le cadre strictement religieux.

L’objectif serait notamment de faire de cette mémoire un instrument de dialogue entre les peuples du Bassin du Congo et, plus largement, entre les différentes communautés africaines.

Nkamba, une « centralité spirituelle » à dimension internationale

L’autre axe majeur du plaidoyer concerne Nkamba Nouvelle Jérusalem, considérée par les fidèles kimbanguistes comme la Ville Sainte du kimbanguisme.

Le Dr Lohanga Konga estime que Nkamba doit être davantage considérée comme un lieu de mémoire, de culture et de spiritualité ayant une portée internationale.

Dans cette perspective, il défend l’idée que l’Afrique doit pouvoir raconter son histoire à partir de ses propres références historiques et culturelles, sans que celles-ci soient systématiquement interprétées à travers des cadres venus d’ailleurs.

Transformer la mémoire en outil de paix

Le plaidoyer présenté au CPS va plus loin : le Dr Lohanga Konga propose d’inscrire la mémoire de Papa Simon Kimbangu dans une démarche de diplomatie culturelle et spirituelle.

Il avance notamment l’idée de faire de la Route du Chemin de la Passion de Papa Simon Kimbangu un « Itinéraire panafricain de mémoire et de paix », sur le modèle d’autres grands itinéraires historiques et spirituels reconnus à travers le monde.

L’ambassadeur itinérant souhaite également que ce dossier puisse, à terme, être porté auprès des Nations unies, avec l’objectif de faire reconnaître la valeur culturelle et spirituelle de Nkamba ainsi que la portée historique du mouvement kimbanguiste.

Une nouvelle lecture de la sécurité dans le Bassin du Congo

Derrière cette proposition se trouve une conception plus large de la sécurité.

Pour le Dr Lohanga Konga, la stabilité du Bassin du Congo ne peut pas être envisagée uniquement à travers les questions militaires, les frontières ou les dispositifs sécuritaires. Elle doit également prendre en compte l’identité culturelle, la mémoire collective et le sentiment d’appartenance des populations.

Son argument est que la préservation de la culture et de l’histoire des peuples peut contribuer à renforcer leur cohésion et, par conséquent, participer à la prévention des conflits.

« On ne sécurise pas une frontière avec seulement des soldats. On sécurise un peuple quand il vit dans sa propre culture », résume-t-il dans son intervention.

Faire du Bassin du Congo un espace de mémoire

À travers ce plaidoyer, le Dr Lohanga Konga propose ainsi de changer le regard porté sur le Bassin du Congo.

Région régulièrement associée aux conflits armés, aux crises politiques et aux déplacements de populations, le Bassin du Congo pourrait également, selon cette approche, être présenté comme un espace porteur d’une histoire, d’un patrimoine et de références culturelles susceptibles de contribuer aux initiatives de paix.

Le message adressé au Conseil de paix et de sécurité s’inscrit donc dans une démarche visant à rapprocher histoire, patrimoine, culture et diplomatie.

Au-delà de la figure de Papa Simon Kimbangu, cette proposition pose une question plus large : comment l’Afrique peut-elle utiliser son propre patrimoine historique et culturel comme instrument de prévention des conflits et de construction de la paix ?

Pour le Dr Lohanga Konga, la réponse passe notamment par une réappropriation de l’histoire africaine et par la transformation de certains lieux de mémoire en espaces de dialogue et de paix.

De Nkamba à Addis-Abeba, son plaidoyer entend ainsi faire de la mémoire de Papa Simon Kimbangu non seulement un héritage religieux et historique, mais également un possible levier de diplomatie culturelle africaine.


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